RD Congo – Actu : Les manifestations anti-Kabila embrasent Lubumbashi.

Première journée considérée comme « hors-mandat » de Joseph Kabila par une grande partie de la population congolaise, ce mardi 20 décembre a donné lieu à de nouvelles scènes de violences à Kinshasa, mais surtout à Lubumbashi.

 


La police tire sur les manifestants à Kinshasa.

Avec leurs célébrations nocturnes de la fin effective du deuxième et dernier mandat de Joseph Kabila, de nombreux kinois entendaient annoncer la couleur : cette journée du 20 décembre devait marquer le début d’une série de manifestations de masse, pourtant interdites par le pouvoir, pour réclamer le départ de Kabila. Dispersés à coups de gaz lacrymogènes dans plusieurs quartiers populaires d’une ville de Kinshasa marquée par une forte présence policière et militaire, les manifestants se sont réunis par petits groupes à l’aube, où il ont à chaque fois été pourchassés par les forces de l’ordre.  Dans la matinée, les manifestants ont incendié le siège du PPRD, le parti au pouvoir, situé dans la commune de Matete. Aux tirs de gaz lacrymogènes, ont vite succédé des coups de feu de sommation à balles réelles, puis les premiers tirs contre les jeunes.

Le directeur du Bureau des Nations unies aux droits de l’homme en RDC, José Maria Aranaz, a dit vérifier des informations « solides » selon lesquelles 20 civils auraient été tués à Kinshasa par les forces de l’ordre. Des chiffres contestés par le gouverneur de Kinshasa, André Kimbuta, qui parle pour sa part d’un bilan provisoire de 9 morts. Même son de cloche du côté de Lambert Mende, tout juste reconduit en tant que porte-parole du gouvernement Badibanga et ministre de la communication : « Il y a eu 9 morts à Kinshasa, pas un de plus », a-t-il ainsi déclaré.


Lubumbashi à feu et à sang.

Autre point chaud de la contestation anti-Kabila, la ville de Lubumbashi (Haut-Katanga), acquise à la cause de Moïse Katumbi. Malgré l’appel au calme lancé ce matin par Samy Badibanga, pour son tout premier discours en tant que Premier Ministre de la République Démocratique du Congo, la ville du sud a vécu une journée quasi-insurrectionnelle, là aussi réprimée dans le sang. Les premiers troubles ont été signalés au quartier Matshipisha, où les manifestants ont tenu tête pendant plus de trois heures aux forces de l’ordre, qui n’ont pas tardé à tirer à balles réelles sur la foule. Dans plusieurs quartiers populaires du sud de la ville, les jeunes ont brûlé des pneus, entonné des chants hostiles à Joseph Kabila et réclamé le retour de Moïse Katumbi. Les témoins que nous avons pu joindre ont dénoncé des arrestations « arbitraires » : « Vous marchez à plus de trois hommes, on vous arrête », a ainsi déploré un habitant. À Matshipisha, deux civils ont été tués par les forces de l’ordre, dont une étudiante de 16 ans, alors que d’autres morts ont été signalés à Katuba et à Kisanga. Non confirmé, le chiffre de 19 morts a été avancé par plusieurs sources locales.

Notons qu’à Lubumbashi, certains ont évoqué des attitudes diverses dans les rangs des militaires, faisant naître la rumeur d’un ralliement des soldats aux manifestants. Selon nos informations, plusieurs soldats ont empêché leurs collègues de tirer sur la population, alors que d’autres ont simplement été décrits comme « abordables ». Ainsi, si aucun militaire n’a rejoint les rangs des manifestants à Lubumbashi, certains jeunes pensent, avec toutes les précautions d’usage, que cette possibilité est envisageable, à terme. 

Cette journée du 20 décembre a également été marqué par des violences dans le Kongo-Central, où des morts sont à déplorer à Boma et à Matadi. À Kananga, des combats ont éclaté entre les miliciens de Kwamina Nsapu et l’armée. À Butembo, la police a procédé à de nombreuses arrestations tout au long de la journée, au motif que des Maï-Maï se seraient mêlés à la population. À Manono, dans la province du Tanganyika, c’est une attaque attribuée aux Twa qui a fait au moins 40 blessés.





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