Face aux événements qui secouent le pays, les musulmans de la RDC s’unissent avec l’ensemble de la nation dans un espoir de changement à la tête de l’Etat. Inquiets, ils prient pour que l’unité et la sécurité du Congo soient préservés.

Kinshasa RDC


La COMICO signataire du dialogue.

Contrairement aux catholiques de la puissante et influente Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), la Communauté Islamique en RD Congo a pris part jusqu’au bout au dialogue national d’octobre dernier. Présent tout au long des discussions, l’imam représentant légal de la COMICO, Shaykh Ali Mwinyi, a validé l’accord final prévoyant des élections présidentielles pour l’année 2018. Si la participation de la COMICO à ces négociations pilotées par le facilitateur Edem Kodjo a eu du mal a être acceptée par les fidèles musulmans, elle a été soutenue par les imams du pays, qui voyaient-là l’occasion de trouver une porte de sortie pacifique à la crise politique que traverse le Congo depuis plusieurs mois. Les leaders de l’islam congolais, qui ont vite vu leurs espoirs de pacification du pays voler en éclats à l’approche de la date du 19 décembre, ont soutenu le deuxième dialogue initié par la CENCO, et dont les conclusions pourraient être connues ce week-end. Du côté de la base, on regrette que la COMICO et l’élite musulmane congolaise ne soient que de simples spectatrices face au rôle central joué par les catholiques. Mais nombreux sont aussi les musulmans congolais qui auraient aimé voir leurs instances être plus offensives face à un pouvoir perçu comme hostile à la communauté, encore plus depuis l’épisode du rapprochement fait par Lambert Mende entre les ADF et la présence de djihadistes congolais dans le pays.

Un rejet massif de Joseph Kabila.

Car le problème est bien là. À l’image d’un très grand nombre de congolais, la minorité musulmane ne supporte plus le régime, ni même la personne de Joseph Kabila. À l’Est du pays, les musulmans accusent le pouvoir d’avoir crée une stigmatisation de la communauté, qui n’existait pas il y a quelques mois encore. De manière plus générale, les difficultés à voir l’islam se développer, et voir la communauté afficher un retard sur d’autres minorités confessionnelles, comme les kimbanguistes, agacent. Pas de chaîne de télévision, pas d’aumôniers musulmans dans l’armée, aucun moyen pour la construction ou l’entretien de mosquées, la communauté musulmane se sent abandonnée et déconsidérée par Joseph Kabila. Tout récemment, l’absence de personnalité musulmane dans le gouvernement Badibanga, pourtant composé d’une soixantaine de ministres, a convaincu les musulmans congolais qu’ils n’avaient aucun poids dans le paysage politique national. Plus globalement, le chômage, l’extrême pauvreté, l’insécurité, les guerres interminables, ou encore les problèmes liés à l’urbanisme et aux infrastructures, contribuent grandement à lasser une communauté qui partage les mêmes préoccupations et souffrances que l’ensemble des congolais.

Prières pour le salut du Congo.

Le 18 décembre, veille d’un 19 décembre annoncé comme apocalyptique, la communauté musulmane de Kinshasa a organisé une « prière pour la nation » aux abords du Stade des Martyrs. Soucieux du maintien de l’unité et de la cohésion nationale, Shaykh Ali Mwinyi, le chef de l’organe officiel de l’islam congolais, craint de voir le pays se déchirer dans les derniers jours de l’année 2016, et pour longtemps. Dans ce contexte, il ne serait pas étonnant d’entendre dès demain la plupart des imams du pays consacrer leurs prêches du vendredi à la question de la paix et du refus des troubles à l’ordre public. Depuis les rapprochements faits entre les massacres de Beni et l’islam radical, les autorités musulmanes congolaises cherchent absolument à éviter toute présence d’un congolais musulman dans des activités nuisibles à la société. « Si ils trouvent un musulman, ils vont islamiser le conflit », nous confiait il y a peu un haut responsable religieux au sujet des groupes armés dans le Nord-Kivu. Au sujet des manifestations, qui peuvent encore s’étendre sur tout le territoire congolais, le tout sera, pour les imams, de dissuader les jeunes de participer à toute manifestation de violence, tout en montrant de l’empathie pour le courant dominant, à savoir celui du rejet du président Kabila. Ainsi, s’ils prient pour le Congo, les fidèles musulmans le font de plus en plus pour que le pays connaisse la paix, la sécurité et le changement, tout cela avec un nouveau président de la République.




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