À peine le temps de célébrer la victoire sur les rebelles du M23 que le jeune Colonel Mamadou Ndala, grand artisan de ce succès, trouvait la mort il y a 3 ans jour pour jour dans des circonstances jamais totalement élucidées. Adulé par tout un peuple, son courage et sa proximité avec la population ont fait de lui un symbole de l’héroïsme patriotique congolais.

Hommage-à-Mamadou-Ndala

16 août 2016. Trois jours après le terrible massacre de Rwangoma, Augustin Matata Ponyo, le Premier Ministre de l’époque, est accueilli à Beni par des chants hostiles au pouvoir. En colère, la population crie son ras-le-bol et scande un nom, celui du Colonel Mamadou Ndala. Plus de 1000 personnes massacrées depuis octobre 2014, abattues à la machette, leurs corps mutilés, le peuple est orphelin de son soldat protecteur. Et c’est ainsi qu’à chaque nouvelle tuerie, les foules réclament qu’on leur « rende » Mamadou, persuadées que si une roquette de RPG-7 n’était pas venue pulvériser sa jeep un matin du 2 janvier 2014, il les aurait délivrées des ADF comme il avait si brillamment contribué à libérer Goma et sa région du M23. Car le peuple du Nord-Kivu se souvient de la célébrissime promesse faite par le Colonel : « Au nom du peuple congolais, justice sera rendue ! » avait-il ainsi clamé, dans l’une de ces envolées patriotiques qui le caractérisaient. Spontanément descendue dans les rues de Beni, Butembo et Goma à l’annonce de sa mort, la population comprenait alors qu’elle ne verrait pas de sitôt la promesse s’accomplir. Tué dans une zone contrôlée par les FARDC, en pleine opération de reconnaissance, sans faire face à l’ennemi, les circonstances du drame interrogent, le peuple demande des réponses. Certains soupçonnent des ennemis au sein-même de l’armée, d’autres iront jusqu’à dénoncer un complot des plus hautes entités de l’Etat.

Les ADF, ennemis invisibles de la nation congolaise. Pseudo-djihadistes désignés comme responsables des tueries commises à Beni, ils ne les ont jamais revendiquées officiellement, pas plus que l’assassinat du Colonel Mamadou, qui aurait pourtant constitué leur plus haut fait d’armes sur le sol congolais. Fomenté avec la complicité d’éléments FARDC rivaux, voire jaloux de la notoriété grandissante de Mamadou Ndala, l’attentat perpétré à Ngadi, non loin de Beni, plongera l’Est du pays dans un cycle macabre inextricable, injustifiable et incompréhensible. Si la hiérarchie militaire aura multiplié les interventions pour assurer que les soldats resteraient mobilisés et ne seraient pas atteints outre-mesure par la tragédie, les faits démontrent que les FARDC, engluées dans la traque des groupes armés, ne se sont jamais relevées de la perte du Colonel, qui sera suivie de celle du Général Bahuma quelques mois plus tard. Aux massacres de Beni, comme à l’assassinat de Mamadou, la population demande des réponses qu’elle craint de ne jamais voir arriver. Dans les deux cas, les procès tenus par la cour militaire opérationnelle ont plus ressemblé à une mascarade qu’à un semblant de justice. Dans les deux cas, les véritables auteurs et commanditaires, qui pourraient tout à fait être les mêmes, n’ont jamais été invités à rendre des comptes. Dans les massacres actuels commis à Beni comme dans le dossier Mamadou Ndala, si une implication des présumés-ADF, ou assimilés, n’est bien évidemment pas à exclure, nombreux sont ceux qui pensent que les véritables responsabilités sont bien plus dérangeantes.

Bâtissant sa légende au combat, mais aussi dans ses rapports humains, le phénomène Mamadou Ndala aura rapidement dépassé le seul Nord-Kivu pour enchanter toute une nation éprise d’un héroïsme patriotique que le Colonel incarnait à la perfection. Ce que les ennemis du Congo ont voulu nous arracher ce 2 janvier 2014, c’est ce souffle nouveau, cet espoir de paix au parfum inconnu jusqu’alors dans notre pays, et cette quête d’indépendance vis-à-vis de toute force étrangère quelle qu’elle soit, un luxe que n’aura jamais pu s’offrir la République Démocratique du Congo. En nous enlevant l’un des fils du pays les plus valeureux de ces dernières années, les ennemis de l’intérieur comme de l’extérieur ont voulu voir le règne de la mort et de la terreur perdurer à l’Est, les bandits et malfrats en tous genres gangrener notre armée, et voir le pays tout entier sombrer en se persuadant qu’il est condamné à la souffrance perpétuelle et au déshonneur permanent.

Aujourd’hui, le souvenir de notre frère est tel que certains n’hésitent pas à le placer dans la lignée des grands hommes, ceux dont les noms sont gravés dans l’Histoire de la République Démocratique du Congo. Il y a trois ans jour pour jour, le Colonel Mamadou Ndala, nommé Général à titre posthume, marquait par sa mort les consciences qu’il avait éveillées de son vivant. Il était âgé de 35 ans seulement, comme un certain Patrice Emery Lumumba.


1997 : Mamadou entre dans l’armée au moment de l’invasion du pays par Laurent Désiré Kabila et ses alliés étrangers.

Adopté par le peuple du Nord-Kivu, Mamadou Ndala est pourtant né en 1978 dans ce qu’on appelait alors la province du Haut-Zaïre, actuelle ex-Province-Orientale démembrée. Entré dans l’armée en 1997, l’année de la chute de Mobutu, le jeune homme assiste à l’invasion du Zaïre par les troupes de Laurent-Désiré Kabila et de ses alliés ougandais et rwandais. Cette invasion étrangère, face à laquelle il sera spectateur impuissant, le mettra hors de lui et raffermira son sens patriotique. Vécue comme une libération à l’époque par une population épuisée par trois décennies sous Mobutu, l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila et de ses alliés a ensuite été considérée par beaucoup comme l’élément-clé ayant fait basculer l’Est du pays dans l’instabilité permanente. Formé par des généraux occidentaux, mais aussi chinois et angolais, Mamadou Ndala finira par se distinguer aux yeux de la hiérarchie militaire congolaise, et accédera au rang de colonel en 2011.

2012 : Début de la guerre contre le M23.

C’est en tant que commandant du 42e bataillon des commandos des Unités de Réaction Rapide des FARDC qu’il construira sa légende, dans la traque, puis le succès final contre les rebelles du M23. Force d’occupation installée à Goma depuis 2012, ces derniers s’étaient emparés de la ville sans rencontrer de résistance, l’armée congolaise ayant pris la fuite sans réellement livrer bataille. Réputées indisciplinées, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo se montraient jusqu’alors peu vaillantes au front, et certains éléments se rendaient coupables d’exactions contre les populations civiles, voire même de viols. C’est donc avec une grande facilité que les rebelles du M23 prirent possession d’un certain nombre de villes de l’Est de la République Démocratique du Congo, jusqu’à ce que le réveil et la riposte des forces loyalistes soient enclenchés.

La folle rumeur.

Dans la ville de Goma, les exploits accomplis au front par les hommes de Mamadou Ndala suscitent engouement et espoir au sein de la population. Très vite, se construit une sorte de mythe autour de ce jeune militaire qui ne recule devant rien et ne prend pas la fuite face à l’ennemi. En réalité, nombreux sont ceux qui doutent du fait que ce Colonel Mamadou Ndala soit réellement congolais, tellement son attitude tranche avec l’indiscipline et les comportements couards de certains de ses frères d’armes dans la région. En juillet 2013, une étrange rumeur parcourt Goma, suscitant émoi et colère auprès des populations civiles : « Kinshasa rappelle Mamadou, ils veulent le stopper dans son élan, disent les gens. Ils veulent l’empêcher d’atteindre le Rwanda, ils le rappellent pour le tuer à Kinshasa ! » La légende, encore alimentée aujourd’hui, dira que le Colonel refusera d’obéir aux ordres et poursuivra de son propre-chef le combat, entouré de ses hommes, jusqu’à la victoire finale. Après la reddition du M23, le Général Lucien Bahuma, commandant de la 8ème région militaire, démentira fermement cette version des faits, en révélant que ces allégations avaient failli mettre le Colonel en danger. « Un refus d’ordre ? Vous pensez qu’il se serait ouvertement rendu coupable d’un refus d’ordre ? Savez-vous ce que cela signifie pour un militaire ? S’était ainsi élevé le Général au cours d’une conférence de presse. Ces bruits qui ont couru ont failli nuire à Mamadou. Au front, nous sommes parfois amenés à stopper notre avancée, pour des raisons stratégiques. Les civils ne comprennent pas ces choses-là et interprètent à leur façon ce qu’il se passe au front. Nous avons agit en parfait accord avec Kinshasa, car nous sommes sous les ordres du commandant suprême et chef des armées ! »

« Le rouleau compresseur est en marche ! »

Sous le commandement de Mamadou Ndala, lui-même sous l’autorité du Général Lucien Bahuma, les FARDC retrouveront peu à peu motivation, courage et témérité, ce qui leur permettra de récupérer Goma des mains du M23 en août 2013. À partir de cette date, les succès militaires s’enchaîneront semaine après semaine. Sentant le vent tourner en faveur des FARDC et convaincu de l’issue favorable du conflit, le Colonel lancera sur les ondes son fameux « le rouleau compresseur est en marche », annonciateur de la déroute du M23 à venir.  Le Colonel Mamadou Ndala remportera la bataille de Kibati, puis récupérera tour à tour Kibumba, Kiwanja, Rutshuru, Rumangabo, et enfin Bunagana le 30 octobre 2013. Fatalement atteints, les rebelles du M23 déposeront les armes et annonceront leur reddition, la légende du Colonel Mamadou Ndala était née.

Une mort brutale et des questions.

Si la mort de Mamadou Ndala a soulevé autant de polémiques, c’est d’abord parce qu’elle est due à une attaque ennemie survenue dans une zone totalement contrôlée par les FARDC. Après avoir quitté l’hôtel Albertine, à Boikene, le véhicule du Colonel s’est fait surprendre à Ngadi, où il a essuyé un tir de roquette venu des forêts. Immédiatement, le gouvernement congolais désignera les rebelles des ADF-Nalu comme responsables de l’attaque. Le Colonel Mamadou Ndala était en effet sur le point de mettre en place une stratégie pour le déploiement des commandos dans la région de Beni, où sévissaient les rebelles d’origine ougandaise. Mais plusieurs voix s’élèveront pour signaler que la zone dans laquelle l’attentat a eu lieu était sous contrôle des forces régulières congolaises, dépourvue de toute présence ennemie. Si plusieurs manifestations spontanées ont eu lieu à Goma, Butembo, Beni et ses alentours pour réclamer la vérité sur l’assassinat du Colonel, ce n’est qu’en octobre 2014 que s’ouvrira le procès des assassins présumés de Mamadou. Après un mois et demi de procès, la cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu, délocalisée à Beni pour l’occasion, condamnera à mort un officier des FARDC ainsi que quatre éléments des ADF.




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