Illustration : AbdoulMadjid Kasogbia et Abdallah Al-Hanifi à Kindu (Maniema) en décembre 2018.

L’idée, lorsque l’on évoque la situation de l’islam en République démocratique du Congo avec ses responsables, est d’assurer que cette religion, l’une des dernières arrivées dans le pays, progresse à une vitesse fulgurante. Vraisemblablement au-delà des 10% régulièrement annoncés lorsqu’il s’agit de quantifier la part de la population congolaise adepte de l’islam, les faits démontrent une présence de plus en plus ostensible de la communauté musulmane dans un pays ultra-majoritairement chrétien. Cette progression, elle est incarnée par l’activisme des prédicateurs musulmans qui, constitués en groupes de missionnaires ou de manière individuelle, s’évertuent à diffuser le message islamique afin d’assurer le salut du plus grand nombre.

AbdulMadjid Kasogbia et le succès du débat inter-religieux

Le prédicateur congolais le plus médiatique et le plus célèbre aussi bien au Congo qu’à l’international le reconnaît sans difficultés : AbdulMadjid Kasogbia tire ses méthodes d’Ahmed Deedat, prédicateur sud-africain des années 80 et grand spécialiste de l’étude des religions comparées et du débat inter-religieux avec des pasteurs chrétiens. Lorsqu’il fonde le groupe de prédication Al-Badrou en 1998 en compagnie d’Abdallah Bankita, le Dr AbdulMadjid a pour ambition de contrer les nombreuses campagnes anti-musulmanes et attaques contre l’islam portées par les pasteurs dans leurs émissions. Pour cela, le prédicateur originaire de Kisangani peut compter sur une solide maîtrise de la Bible, qu’il va consolider en se formant à l’étranger, notamment au Soudan et en Egypte, dans les sciences en religion comparées. Aux abords des mosquées de la capitale, le groupe Al-Badrou, réunissant des imams venus de tout le Congo, va tenir des conférences à l’attention des musulmans, tout en ouvrant son assistance à des chrétiens invités à opposer leurs arguments face aux prédicateurs. C’est selon le même modèle que le groupe de prédication, reconstitué il y a peu par ses fondateurs et renforcé par de jeunes musulmans formés aux mêmes méthodes, que des campagnes se tiennent à nouveau à Kinshasa et à Brazzaville, où pendant plusieurs jours, AbdulMadjid Kasogbia et ses élèves enchaînent les débats face à leur auditoire chrétien.

Face au succès de ces opérations, qui se soldent souvent par des scènes de conversions de masse, mais aussi dans le sillage de l’impact médiatique du groupe Al-Badrou dans le pays, ce modèle va se généraliser sur l’ensemble du territoire et devenir la marque de fabrique de l’islam en RDC.

Nord-Kivu : Priorité à la sensibilisation

S’il s’agit au départ d’inviter le plus grand nombre à la compréhension du message de l’islam, la démarche s’adapte automatiquement au contexte dans lequel il est amené à être diffusé. Dans la province du Nord-Kivu, où l’ADF a importé a insaisissable djihadisme en territoire de Beni, les responsables religieux poussent avant tout à informer et à sensibiliser. Informer, car l’amalgame peut bien vite être fait entre l’islam, présent depuis près de 150 ans dans la province, et le terrorisme de l’ADF, adoubé il y a deux ans par l’Etat Islamique en Afrique Centrale. Sensibiliser, c’est aussi ce que font les prédicateurs locaux auprès de jeunes fidèles musulmans qui pourraient être tentés de rallier les rangs des groupes armés évoluant dans la région. « On prêche l’islam aux non-musulmans de notre coin, mais c’est vrai qu’on se concentre davantage sur nos fidèles, par les temps qui courent, afin qu’ils s’imprègnent du véritable message de l’islam et ne basculent pas dans l’extrémisme ni le terrorisme », explique un imam officiant dans la ville de Goma.

Dans la ville de Beni, nombreuses sont les émissions de radio investies par des imams, comme Cheikh Ali Amini, qui martèle inlassablement le même message de prévention à l’attention de ses auditeurs musulmans. « Il sait que des musulmans de la région ont été capturés dans les rangs des combattants de l’ADF dans la forêt, témoigne l’un des membres de la section locale de la Communauté Islamique en RD Congo. Le sujet est un peu tabou, mais nous savons que des fils du pays ont pu être séduits par l’ennemi et c’est pour contrer cela que la sensibilisation est primordiale. »

Hassan Kandolo (au centre), président-coordinateur de l’AJEMESCO

Le renfort des imams étrangers

Si les associations musulmanes congolaises excellent dans l’art de la prédication et de l’action sociale auprès des fidèles, elles n’hésitent pas non plus à créer l’événement en conviant d’influents imams étrangers dans leurs mosquées. Coutumier du fait, Hassan Kandolo, président de l’Association des jeunes musulmans pour l’éducation et le bien-être social au Congo (AJEMESCO), a à maintes reprises invité de célèbres prédicateurs des pays des Grands Lacs dans sa ville de Kisangani (province de la Tshopo). Connus pour leur éloquence et leur charisme, ces prêcheurs swahiliphones participent aux fameuses conférences-débats organisées en plein-air face à des intervenants chrétiens. Si cette présence, bien que temporaire, d’imams étrangers a parfois pu inquiéter les autorités, il est bon de rappeler que les prédicateurs congolais les plus en vue, comme AdbulMadjid Kasogbia, sont eux aussi régulièrement conviés par d’autres pays africains, en l’occurrence d’Afrique francophone, pour prendre part à des conférences et à des débats inter-religieux.

https://www.facebook.com/ajemesco.congo/videos/995945007183028/

Sur l’ensemble du territoire congolais et dans toutes les couches de la population, cette volonté de prêcher, d’inviter à l’islam ou d’initier au débat, elle semble bel et bien caractériser tous les fidèles musulmans, qu’ils soient formés à cet effet ou non. Cette propension est notamment visible sur les réseaux sociaux, où les prises de parole se multiplient en ne se limitant plus seulement à propager le message islamique, mais en affichant également le souci de prendre part à l’actualité du pays. Sur les sujets de société et la politique, nombreux sont ceux qui tiennent à ce que la voix des musulmans se fassent entendre et à ce que leur vision soit prise en compte dans l’amélioration des conditions de vie au Congo.

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