ITW – Imam Moussa Mondo Sadr : « J’ai évoqué la situation de la communauté musulmane congolaise au Président de la République. »

DKM: Vous êtes le vice-ministre des hydrocarbures, est-ce aujourd’hui le meilleur poste pour incarner le poids de la communauté musulmane en RDC ?

Moussa Mondo: « Depuis mes débuts dans la lutte, j’ai toujours eu l’ambition de me battre pour la représentation des musulmans là où ils se trouvent, et cette ambition n’est pas née lors de mon accession au gouvernement. Depuis ma jeunesse, j’ai initié plusieurs actions, notamment au sein de la jeunesse confessionnelle en RDC et jusqu’à ce jour nous sommes en plein mandat au sein du comité de la jeunesse. Puis, à la fin de mes études en Iran, j’ai vu que les musulmans étaient absents de la scène politique et j’ai initié l’Alliance des kabilistes musulmans. Cet engagement n’est pas né avec ma nomination au poste de vice-ministre des hydrocarbures mais c’est un combat bien plus ancien que je souhaite renforcer en faveur de ma communauté. »

« Le constat, c’est qu’aujourd’hui, la communauté musulmane congolaise est par terre ! Elle n’est pas organisée ! Le défi est d’abord de sensibiliser le musulman aux réalités auxquelles le pays est confronté. C’est en cela que j’ai lancé l’éveil patriotique islamique. Il fallait leur signifier que la République démocratique du Congo est un pays laïc, et qu’il y avait des voies à trouver pour jouer un rôle important dans ce système, comme l’ont fait nos frères musulmans en Tanzanie, au Nigéria ou même au Mali ou dans des pays non-islamiques où les musulmans se sont organisés sans distinction de races, ni d’écoles confessionnelles ou juridiques, pour faire face aux enjeux de leurs pays. Ceci, c’est la racine, c’est par là que l’on doit commencer : Les musulmans du pays doivent savoir qu’ils sont Congolais et qu’ils doivent envisager leur religion en accord avec la réalité du pays. Actuellement, nous sensibilisons en ce sens dans le district de Tshangu, à Kinshasa donc, et si nous avons l’opportunité d’étendre ce type de campagnes en province, nous le ferons. »

DKM: Comment est perçue la crise que connaît la Communauté islamique en RDC à la tête de l’Etat aujourd’hui ?

Moussa Mondo: « La crise que connaît la COMICO ne fait que mettre en évidence des ambitions égoïstes. Cette crise n’a rien à voir avec la communauté musulmane en tant que telle, ni avec une ethnie ou autre, je ne le pense pas. Avant-même que je sois vice-ministre, j’ai eu le temps de parler avec les imams concernés, que ça soit Zahidi Ngongo, Yussuf Djibondo, Ali Mwinyi, tout cela avant l’accession d’Abdallah Mangala à la tête de la COMICO. Chez chacun d’entre-eux je n’ai trouvé que des positions égoïstes, parfois-même animées par la haine. Cette situation nous fait mal car cela n’est pas pour l’intérêt de la communauté musulmane, qui ne s’y retrouve absolument pas. J’avais alerté les autorités pour qu’elle réunisse les intéressés et tente une conciliation, mais cela n’a pas abouti, car certains visaient un rôle au sein de la CENI (Commission Electorale Nationale et Indépendante), d’autres visaient des postes ministériels, d’autres des écoles conventionnées ou même la perception de certains fonds dans le cadre de dons divers. Avec tout cela, aujourd’hui, en tant que membre du gouvernement, je suis le seul à évoquer la question de la communauté musulmane au sein du Conseil des ministres. J’ai même pu évoquer la situation des musulmans auprès du Président de la République, qui m’a reçu en audience; malgré mon opposition politique, nous avons pu échanger, évoquer toutes les problématiques liées à la communauté et c’est lui qui m’a confié la mission de réunir les imams pour trouver des solutions à nos conflits. Cette mission a échoué puisque ces imams ont été rencontrer le Président avec deux représentants légaux… c’est vraiment honteux et cela fait vraiment mal au coeur. »

DKM: Cette situation ne vous donne-t-elle pas parfois envie de tenter de prendre la tête de la Communauté islamique en RDC ?

Moussa Mondo: « Non, mon rôle n’est pas de prendre la tête de la communauté ni d’avoir d’autres ambitions. Ceci dit, à mon niveau, je représente déjà les musulmans de manière valable à mon avis, et cela depuis le début de ma carrière. Au sein de notre parti politique, le PPRD, et même de notre mouvement, le FCC, je reste un musulman actif et pris en considération, je ne pense pas que l’équivalent existe au sein des structures politiques de l’autre camp, sauf peut-être du côté de Moïse (Katumbi, ndlr). Mais un musulman, pratiquant et religieux, qui a cette position qui est actuellement la mienne, cela me pousse à continuer ma lutte, à sensibiliser, à contrer les mouvances terroristes qui pullulent en Afrique, à expliquer le jeu démocratique au sein de la communauté, telles sont mes ambitions actuelles. Et puis, j’appartiens à un parti politique. Cela demande de la neutralité. Je ne peux pas, avec ma sensibilité politique et la notoriété que j’ai par rapport à mon rôle politique, briguer une position au sein de la communauté musulmane congolaise, puisque cela exige un devoir de neutralité politique que je n’ai pas. »

DKM: Vous êtes régulièrement affilié à la minorité chiite au Congo. Quels sont vos liens réels avec cette communauté ?

Moussa Mondo: « Oui, je suis identifié comme proche de la communauté chiite. Mais je suis l’un des seuls imams à être proche à la fois des chiites et des sunnites également. En réalité, j’ai la chance d’avoir étudié les deux écoles, je suis passé par plusieurs écoles et auprès de plusieurs imams et shaykhs, et c’est cette expérience qui me permet aujourd’hui d’envisager et de travailler à une unité musulmane que je souhaite pour les musulmans congolais. »

DKM: Quels sont vos souhaits aujourd’hui pour l’unité de la communauté musulmane en RDC ?

Moussa Mondo: « C’est une question que l’on me pose souvent, notamment à l’étranger. Je pense que les gens qui sont à la tête de la communauté doivent bannir leurs intérêts individuels et placer l’intérêt des musulmans avant tout. Il y a des soucis au sein de tous les groupes confessionnels congolais, absolument tous, mais ils savent placer les intérêts de leur communauté avant tout. C’est en faisant cela que nous pourrons nous développer. D’aucuns accusent les swahiliphones de considérer que la religion leur appartient, que c’est l’affaire de leur province, de leur communauté. D’autres, ceux de l’ouest, disent que c’est à leur tour de prendre la tête de la communauté, etc… C’est une question qu’on nous pose partout : Qu’est-ce qu’il manque aujourd’hui pour que la communauté s’entendent ? Moi, j’invite les musulmans congolais à se surpasser, à mettre de côté leurs intérêts personnels et à penser à l’essor de l’ensemble de la communauté. J’aimerais aussi inviter nos frères, à l’étranger, à venir à notre secours. J’ai des contacts avec le mufti du Kenya, d’autres avec la Tanzanie, des discussions avec le mufti de la République de Turquie, en Iran et ailleurs, je sollicite l’aide de nos frères à travers le monde qui sont soucieux du sort des musulmans en République démocratique du Congo. »

Propos recueillis par Hakim Maludi

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